Le papillon qui voulait frôler le soleil (6’30)

Il était une fois une clairière isolée de l’homme où papillonnaient de nombreuses espèces de papillons. Il y en avait de toutes les couleurs, des iridescents Morpho aux rouges Paons du jour. Ils appréciaient les fleurs qui poussaient là, et passaient leurs journées à papillonner de l’une à l’autre, n’était-ce pas là le rôle des papillons ?

(🇬🇧 The butterfly who wanted to verge on the Sun)

🎤 Podcast en français (Téléchargement podcast)

Il était une fois une clairière isolée de l’homme où papillonnaient de nombreuses espèces de papillons. Il y en avait de toutes les couleurs, des iridescents Morpho aux rouges Paons du jour. Ils appréciaient les fleurs qui poussaient là, et passaient leurs journées à papillonner de l’une à l’autre, n’était-ce pas là le rôle des papillons ?

Parmi eux il y en avait un qui était différent des autres. Ses ailes pourtant ne se distinguaient guère des ailes des autres papillons. C’était un papillon aux ailes rouges pâles tendant vers le rose, bordées de noir et parcourues d’ocelles. Ce qui le distinguait vraiment des autres papillons, c’était qu’il refusait de passer sa vie à papillonner.

Bien sûr, les roses étaient agréables, et la saveur sucrée des boutons d’or lui faisait un instant oublier tout cela, mais il suffisait d’un reflet dans une goutte d’eau pour qu’il se souvienne que là-haut, haut dans le ciel, brillait le soleil. Alors il se posait sur une branche, oubliant sa vie de papillon, et s’imaginait atteignant l’astre du jour.

Il essayait régulièrement de grimper aussi haut qu’il le pouvait, mais l’effort était intense, et tout juste dépassait-il la cime des arbres que le vent suffisait à le détourner de sa route et à le ramener dans sa clairière. Pourtant, il se rêvait menant les autres papillons vers ces espaces qu’ils n’avaient jamais connus, voulant leur montrer un chemin riche et chaud qui les accueillerait. Il voulait leur montrer la voie, les attirer avec lui dans un monde où ils n’auraient plus de limite et où il pourrait les guider.

Il persévéra, essaya encore et encore sans succès, jusqu’au jour où tentant encore une fois d’atteindre le soleil il se blessa une aile et ne put plus jamais décoller de plus d’une vingtaine de centimètre au-dessus du sol. Et encore sur une courte distance.

Alors que le papillon désespérait d’arriver à son but dont il parlait sans cesse aux autres papillons, un moineau vint se poser tout proche de lui. Il y eut un mouvement de panique chez les papillons, car les oiseaux ne s’aventuraient normalement pas dans cette clairière et tous savaient qu’un oiseau était synonyme de grand danger. Tous s’enfuirent, laissant derrière eux le papillon blessé.

L’oiseau inclina sa petite tête vive vers le papillon, et lui lança un trille qui l’atteignit en plein cœur. Il s’avança en sautillant, et abaissa une de ses ailes en réitérant son invitation. Alors le papillon avança timidement et s’agrippa aux plumes pour monter sur le dos du moineau. Lorsqu’il fut solidement arrimé, le moineau décolla jusqu’à dépasser la cime des arbres, puis continua à monter encore aussi haut qu’il le pouvait. Lorsqu’il ne put plus monter, une oie arriva en sifflant.

Alors le moineau lança de nouveau un trille pour faire comprendre au papillon qu’il devait sauter sur le dos de l’oie qui se tenait en contrebas. Le papillon n’eût qu’un moment d’hésitation, puis sauta en déployant ses ailes blessées autant qu’il le pouvait. L’oie dévia légèrement de sa course pour l’accueillir sur son dos, puis continua à monter, monter encore plus haut, jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus continuer. Ce fut alors un vautour qui s’avança, son long cou nu émergeant de son col de plumes.

L’oie siffla, encourageant le papillon à recommencer son saut pour atteindre le dos du vautour. Elle lui dit également que c’était là l’oiseau qu’elle connaissait qui pouvait monter le plus haut dans le ciel, alors le papillon se jeta dans le vide de nouveau. L’air était rare à cette altitude, et ses ailes ne le portaient guère, mais il parvint jusqu’au dos du vautour qui entama une longue montée en tournoyant, porté par un courant d’air chaud qui montait vers le ciel.

Lorsqu’il atteignit la plus haute des altitudes, le papillon put contempler le monde qui s’étendait sous lui, puis il redressa ses antennes vers le soleil. Les rayons le frappaient directement, réchauffant son corps engourdi par le froid. Il ne pouvait plus aller plus haut, mais son bonheur était total car grâce à l’aide qu’il avait reçue il avait pu dépasser ses limites. Ils restèrent un moment là-haut, partageant tous les deux la beauté qu’il y avait à se tenir là entre la terre et le ciel, puis le vautour dut entamer sa descente.

Lorsqu’il fut assez bas, l’oie prit le relais, puis le moineau, et enfin le papillon regagna sa clairière. Tous les autres papillons s’amassèrent autour de lui lorsqu’il revint, et il leur décrivit ce qu’il avait vu. Il leur dit avec ses mots de papillon qu’il avait frôlé le soleil avec l’aide des oiseaux, et les papillons l’écoutèrent tous. Lorsqu’il eut fini, il y en eut un qui décolla de la clairière, et s’élança aussi haut qu’il le pouvait jusqu’à la cime des arbres, puis un autre, et encore un. Enfin, il ne resta bientôt plus que le papillon blessé en bas dans l’herbe, avec le moineau. Tous les papillons battaient des ailes de concert et se maintenaient au-dessus de la tête des arbres, s’aidant les uns les autres à grignoter petit à petit un peu plus de hauteur.

Et c’était pour le papillon blessé le plus beau des spectacles.

Ce texte vous a plu ? Peut-être apprécierez-vous ceux-ci :

Papillons en origami posés sur une plante
Un papillon en origami rose posé sur une feuille

2 commentaires sur “Le papillon qui voulait frôler le soleil (6’30)

  1. Par delà les différences, une fable qui tend à la solidarité des âmes établie par la Nature, dans un élan spontané d’amour mutuel entre les espèces.
    Que chacun soit respecté par tous et aidé s’il en a besoin ! Telle pourrait être la morale de l’histoire.
    Avec un accompagnement musical du genre Vivaldi et la voix évocatrice de Marlène Jobert, cela eut été parfait !

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s