Les oiseaux de l’hiver (5′)

Il était une fois un pays où l’on disait que les saisons étaient amenées par des oiseaux. Il y avait les oiseaux aux couleurs douces du printemps, ceux aux couleurs vives de l’été, ceux aux couleurs chaudes de l’automne, et enfin les oiseaux blancs de l’hiver.

(🇬🇧 The birds of winter)

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Il était une fois un pays où l’on disait que les saisons étaient amenées par des oiseaux. Il y avait les oiseaux aux couleurs douces du printemps, ceux aux couleurs vives de l’été, ceux aux couleurs chaudes de l’automne, et enfin les oiseaux blancs de l’hiver. Les premiers amenaient les fleurs, les seconds les fruits, les troisièmes les feuilles mortes et les derniers les branches nues.

Il y avait là-bas une autre légende qui disait qu’une flûte avait le pouvoir de réchauffer les cœurs lorsque l’on jouait en gamme majeure et de les plonger dans la plus profonde des noirceurs en gamme mineure. Elle n’émettait ni le son le plus pur, ni les notes les plus justes mais son pouvoir était délicat à manier, si bien que celui qui y parvenait pouvait se targuer de posséder une infime partie du savoir de l’univers, celui qui permettait de percer l’âme des gens.

La flûte attisait les convoitises, son chemin pouvait se deviner au travers des batailles qu’il y avait eu pour s’accaparer son pouvoir. Bien peu parvenaient à la garder plus d’une semaine car le son qu’elle émettait était si caractéristique qu’il ne fallait pas longtemps pour la retrouver. Pourtant, il y eut un homme qui finit par l’obtenir et qui se garda longtemps d’en jouer, ce qui fit que la piste se perdit.

Etait-il plus sage qu’un autre, ou plus patient ? En réalité, c’était un homme dont les seuls trésors étaient les étincelles qui crépitaient dans le regard d’or de sa femme, et qu’il voulait par dessus tout voir renaître en lui offrant un automne merveilleux puisque c’était sa saison préférée.

Alors il explora le monde longuement, cherchant partout les nids des oiseaux des saisons en emportant avec lui la flûte sans en jouer et il finit à force de persévérance par le dénicher. Il y avait quatre arbres au fond d’une vallée, l’un couvert de fleurs, l’autre de fruits, le troisième de feuilles rouges et le dernier entièrement nu. L’homme escalada l’arbre aux feuilles rouges, et il trouva les oiseaux de l’automne. Il leur joua simplement la gamme de do majeur, et la flûte répondit à son souffle en insufflant aux oiseaux une vigueur nouvelle.

L’automne vint avec sa cargaison de feuilles d’orange et de rouge. Les arbres ployaient sous elles, et chaque marche en forêt était un ravissement. L’automne dura longtemps, offrant au regard un échantillon de toutes les couleurs possibles entre l’or et le feu, mais l’hiver ne vint pas. Décembre arriva, puis janvier, et les feuilles étaient toujours là.

Comme l’homme savait où nichaient les oiseaux, il repartit dans la vallée. Tout en haut de l’arbre nu, les oiseaux de l’hiver dépérissaient là où ceux de l’automne ne semblaient jamais perdre de leur vigueur. Il grimpa donc en haut de l’arbre nu et joua la même gamme qu’il avait déjà jouée aux oiseaux de l’automne. Lorsqu’il fit cela, les oiseaux blancs semblèrent se réveiller et prirent leur envol tandis que les oiseaux aux couleurs chaudes retournaient à leur sommeil.

Il comprit alors que la flûte était à double-tranchant, que ce qu’elle offrait à l’un, elle le prenait à l’autre si bien que l’homme avait involontairement brisé un équilibre fragile. Il redescendit de l’arbre et décida d’abandonner la flûte dans la vallée pour que personne ne puisse la retrouver.

Lorsqu’il rentra chez lui, il trouva sa femme sous les flocons de neige. Ses iris d’or irradiaient de la joie la plus pure devant les féeries de l’hiver. Le paysage se couvrait petit à petit d’un manteau immaculé, et déjà les rires des enfants et des adultes retrouvant leur innocence s’élevaient partout. Les animaux revêtaient leur pelage blanc pour se fondre dans les masses neigeuses, les boules de neige volaient et tapis au creux d’un arbre nu les oiseaux de l’hiver les observaient.

Ils sont parfois visibles en vol lorsque débute l’hiver. Ils se cachent dans le blizzard, sous les toits des maisons, dans les arbres et les congères. Ils seraient toujours sensibles au chant de la flûte, et si un musicien s’aventurait à leur jouer une mélodie joyeuse la légende dit qu’ils feraient pleuvoir les plus beaux des flocons.

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